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Se mettre du foin dans les poches en gérant mieux son herbe!

  • Clôture amovible

    Clôture amovible

    Brian Maloney vérifie la solidité de sa clôture amovible. La section située à droite de la clôture a été broutée de 20 h jusqu’à 8 h ce matin, pour un prélèvement d’environ 50 %. (crédit photo : Audrey Desrochers)

  • Nouvelle parcelle

    Nouvelle parcelle

    Une nouvelle parcelle de 2 arpents sur 4 arpents sera aménagée dans ce champ et recevra les animaux dès 20 h. (crédit photo : Martin Ménard)

  • Dommages au pâturage

    Dommages au pâturage

    Ici, les animaux ont été laissés quelques heures de trop, occasionnant des dommages plus considérables. (crédit photo : Audrey Desrochers)

  • Nouvelle parcelle

    Nouvelle parcelle

    Jean-Claude Fleurant aménage soir et matin une nouvelle parcelle de pâturage intensif. (crédit photo : Martin Ménard)

  • Déclencheur automatique

    Déclencheur automatique

    Les vaches attendent dans la parcelle de pâturage jusqu’à 16 h, moment où ce déclencheur programmable ouvre la barrière automatiquement. (crédit photo : Martin Ménard)

  • Prix intéressant

    Prix intéressant

    La gestion intensive des pâturages diminue les coûts de production, mais la viande des animaux nourris uniquement à l’herbe se vend également à un prix intéressant. (crédit photo : Martin Ménard)

  • Plus économique

    Plus économique

    « Ce serait plus économique et mieux pour le bien-être des animaux de simplement les envoyer manger l’herbe… sur place! » affirme Hubert McClelland. (crédit photo : Martin Ménard)

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« Sans la gestion de l’offre, plusieurs producteurs de lait auraient de la difficulté à demeurer compétitifs, notamment parce qu’ils ont perdu le réflexe d’une bonne utilisation de leur pâturage. »

Cette affirmation retentissante vient d’Hubert McClelland. Aujourd’hui retraité du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), ce ténor de la gestion des pâturages et des bovins est demeuré actif dans le domaine, conseillant quelques producteurs.

« Au Québec, les agriculteurs paient pour récolter l’herbe, la manipuler, l’entreposer et la donner aux vaches. Toutes ces dépenses peuvent s’éliminer en envoyant les animaux manger l’herbe directement au champ, souligne-t-il. Idem pour la gestion des fumiers. Avec des animaux gardés à l’intérieur, il faut ramasser les déjections et débourser un certain montant pour les épandre dans le champ, alors que des animaux aux pâturages font tout ce travail eux-mêmes! »

Pour Hubert McClelland, le gain économique relié à une bonne exploitation des pâturages est réel. Il l’a d’ailleurs mesuré à plus d’une occasion. Par exemple, il précise que nourrir une vache au pâturage coûte 25 $ par mois, tandis que la même bête nourrie avec des fourrages entreposés représente un débours mensuel variant de 75 à 125 $. Dans la production de bovins de boucherie, mentionne-t-il, la gestion intensive des pâturages permettrait d’augmenter le revenu net de 40 %.

Si la baisse des coûts demeure un argument important, miser sur des animaux en meilleure condition l’est tout autant, comme le souligne Jean-Claude Fleurant, un producteur de lait biologique du Centre-du-Québec. « Les vaches qui vont à l’extérieur sont en meilleure santé, assure-t-il. On le voit, il y a une diminution des problèmes de boiterie, de mammites, etc. Et pour garder ses vaches le plus longtemps possible au pâturage, il faut utiliser les plantes judicieusement. »

Envoyer paître ses animaux stratégiquement

Voici quelques conseils pour « utiliser judicieusement » ses pâturages.

1-    Une superficie adéquate.

La première étape consiste à évaluer le ratio animaux/superficie. « L’erreur se résume souvent à envoyer trop de bêtes relativement à la capacité du champ. Essentiellement, il faut plus de deux hectares par animal de 450 kg. En bas de ce ratio, si le pâturage subit une période de sécheresse, la densité d’herbe deviendra insuffisante et compromettra la rentabilité de l’exploitation », affirme M. McClelland.

Ce dernier précise que dans le cas des bovins de boucherie, l’ancien modèle de l’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) a encouragé un système d’élevage basé sur une centaine de vaches, sans tenir compte de la superficie fourragère dont disposait le producteur. Le sympathique agronome martèle que le modèle aurait été beaucoup plus compétitif s’il avait été appliqué à l’inverse : un nombre d’animaux établi en fonction de la superficie de pâturage disponible.

2- Une gestion flexible de ses pâturages.

Le producteur doit évaluer constamment la croissance de ses plantes fourragères et le stade de leur évolution afin de les employer stratégiquement. « Soyons flexibles face à l’utilisation d’un pâturage, suggère M. McClelland. Si la croissance de l’herbe à un moment ou un autre dépasse la demande des animaux, ne la gaspillons pas. Récoltons plutôt ces superficies mécaniquement avant qu’elles n’atteignent le stade d’épiaison (une plante qui épie perd généralement de son appétence et de ses propriétés nutritives). À l’inverse, si l’herbe pousse lentement, évitons la récolte mécanique qui hypothéquera les performances du pâturage pour le reste de l’été. À ce moment, plutôt que de produire nous-mêmes notre foin pour l’hiver, songeons à l’acheter. Selon mon expérience, sept années sur dix, le producteur pourra acheter du foin à un prix inférieur à son propre coût de récolte. »

Une gestion flexible signifie également de laisser une période de repos appropriée, variant de 15 à 60 jours, au pâturage qui vient d’être brouté. Même chose pour ce qui est du piétinement, comme l’explique Jean-Claude Fleurant : « Lorsqu’il pleut abondamment, le terrain peut rapidement s’abîmer sous les sabots des vaches. Afin de maintenir mes pâturages dans des conditions optimales, je transfère mes vaches dans un lot que j’appelle affectueusement ‘‘mon souffre-douleur’’! Il s’agit d’une zone de roches déjà peu productive que je peux sacrifier sans trop de perte, le temps que l’eau se retire suffisamment de mes prés performants. »

3- Non au surbroutage!

Le point névralgique de la gestion intensive des pâturages consiste à s’assurer qu’il n’y ait pas surbroutage de l’herbe. L’un des experts en la matière se trouve en Outaouais. Producteur d’exception, Brian Maloney alimente 275 ruminants uniquement à l’herbe. « Ici, tous nos choix sont motivés par un seul objectif : obtenir des pâturages productifs qui entraîneront ensuite un élevage rentable. À cet égard, nous configurons quotidiennement de nouvelles parcelles, et les rotations s’effectuent rapidement. Les animaux ne demeurent pas plus de 12 heures dans le même secteur. »

Un troupeau laissé trop longtemps dans une parcelle entraînerait deux problèmes. D’abord, l’herbe disponible deviendrait plus éparse. Les bêtes se déplaceraient alors davantage, mangeraient moins et, au final, leurs performances en souffriraient. Ensuite, les animaux brouteraient les bonnes plantes quasiment jusqu’à la racine. Trop épuisées, certaines plantes mettraient beaucoup de temps à repousser, alors que d’autres mourraient. Le résultat? Un pâturage au rendement sérieusement handicapé à long terme.

À la ferme de Brian Maloney, les troupeaux ne doivent pas manger plus de la moitié de la plante. Certains qualifieraient cette pratique de pur gaspillage, mais pour l’éleveur, il s’agit de la meilleure technique pour remettre rapidement le pâturage en service. La plante conserve ainsi une réserve d’énergie suffisante à sa régénération, tandis que les résidus laissés au sol maintiennent un niveau d’humidité qui aidera le pâturage à surmonter les périodes de sécheresse.

À côté de lui, contemplant le troupeau, Hubert McClelland lance une phrase qui appuie les propos de l’éleveur. « Essentiellement, un pâturage est une usine, alimentée par l’énergie solaire. Plus il y a du feuillage pour capter la lumière, plus la photosynthèse est grande et plus l’usine produit. À l’inverse, lorsque le pâturage est surbrouté, les feuilles sont rares, et l’usine tourne au ralenti. »

Sur le plan nutritionnel, la gestion intensive des pâturages se révèle bénéfique, ajoute-t-il. « La base de la plante représente la partie la moins digestible. En donnant au troupeau la repousse au lieu de le forcer à manger toute la plante, on augmente la qualité de sa nutrition. »

4- Gestion des fumiers

Avec la hausse du prix de l’engrais minéral, bien utiliser ses fertilisants organiques se veut de plus en plus stratégique. « La gestion des fumiers d’étable ou d’enclos engendre une perte notable d’éléments fertilisants, fait remarquer M. McClelland. Par exemple, dans l’Ouest canadien, il a été mesuré que le fumier entreposé et épandu apportait 30 % moins d’azote au sol par rapport à la même quantité provenant d’animaux au pâturage. »

Au-delà des amendements fertilisants, de la réduction de la consommation de carburant et de l’usure des équipements, le pâturage se révèle une excellente pratique environnementale. En effet, les déjections animales retournent avec un minimum de perte (moins de gaz à effet de serre) et d’odeur dans l’environnement.

Toutefois, envoyer ses animaux au pâturage ne garantit pas une utilisation optimale des fumiers. Le positionnement des points d’eau est déterminant. « Il faut installer un abreuvoir dans chaque parcelle de pâturage afin d’éviter que les animaux aient à emprunter un chemin de ferme pour aller boire. Car les fertilisants sont trop précieux pour être gaspillés dans les allées », insiste M. McClelland.

Un point d’eau à proximité du lieu de pâturage diminue également les longs déplacements qui grugent l’énergie des bêtes. De plus, cette pratique décroît l’effet de troupeau. Chaque animal boit quand bon lui semble, sans voir son accès à l’abreuvoir restreint par les individus dominants.

5- Étirer les saisons

Alors que des éleveurs de vaches/veaux nourrissent leurs animaux exclusivement au pâturage durant une moyenne de 60 à 70 jours, des apôtres de la gestion intensive atteignent une moyenne de 120 à 150 jours. Quelques rares producteurs approcheraient même le cap des 200 jours. Pour y arriver, il faut commencer tôt.

« Au printemps, mes animaux sont au champ à la mi-avril ou dès que la portance du terrain le permet, mentionne fièrement Brian Maloney. Les bêtes mangent alors un peu de jeunes pousses, mais principalement du foin et de l’ensilage. En plus de favoriser la répartition des fumiers, cette diète vise à créer une transition digestive chez l’animal, car le rumen nécessite environ deux semaines pour passer de la matière sèche à l’herbe. Si vous attendez que les plantes atteignent leur hauteur optimale pour envoyer paître vos animaux, vous gaspillerez de précieuses journées de pâturage, et ce, parce que l’animal sera incapable de s’en nourrir à 100 %. »

Cette pratique printanière oblige l’éleveur à une grande vigilance. De fait, il doit déplacer les animaux de parcelle en parcelle jusqu’à trois fois par jour, sans quoi ils pourraient surbrouter les plantes émergentes, trop les piétiner ou compacter le sol. Or, envoyer paître ses bêtes lorsque les plantes sortent à peine de leur torpeur hivernale s’avérerait bénéfique pour leur croissance. « L’animal coupe la repousse et favorise ainsi un meilleur tallage du plant. De plus, cela retarde la période d’épiaison », avance M. Maloney.

Durant l’été, une gestion minutieuse des pâturages implique de préserver certaines parcelles à partir de la mi-août, pour ensuite y envoyer les animaux de la mi-octobre jusqu’aux premières neiges. Une stratégie trop souvent négligée, selon M. McClelland. « Dans ma région, dit-il, certains agriculteurs donnent des balles de foin à leur troupeau dès la mi-septembre, et ce, au même moment où ils effectuent une deuxième ou une troisième coupe… Pourtant, il est parfaitement possible d’avoir encore de l’herbe pour les animaux à l’automne. »

Tirer profit des pâturages jusqu’à la fin de novembre est possible, mais il faut tenir compte de certains éléments, comme privilégier le lotier, le trèfle blanc et le dactyle tout en épargnant les zones de luzerne, qu’un broutage rendrait vulnérables face à l’hiver.

Des éleveurs audacieux poussent l’exercice plus loin, laissant leurs bêtes s’alimenter dans les pâturages même si une couche de neige les recouvre. Voilà comment atteindre une période record au pâturage! « Les conditions de neige doivent être raisonnables, car une vache ne s’alimentera pas sur un sol croûté, ni si la couche de neige lui arrive à la hauteur des yeux. Nous devons également habituer les animaux à cette forme d’alimentation dès leur jeune âge. Autrement, ça ne fonctionnera pas », relativise M. Maloney.

« Planter des piquets! »

Un article sur les pâturages ne pourrait se conclure sans discuter des meilleurs cultivars de plantes fourragères, sujet capital pour de nombreux éleveurs. Hubert McClelland, fidèle à lui-même, apporte le commentaire suivant : « Trop souvent, les producteurs et des confrères agronomes me demandaient quels cultivars choisir pour avoir enfin un pâturage productif et durable. Ma réponse les surprenait, mais je leur disais de commencer par chauler les terres, s’assurer qu’elles s’égouttent bien et, au lieu de penser à semer de nouveaux cultivars, ils devraient plutôt planter des clôtures! Car à la base, c’est le contrôle du broutage qui permet de conserver un pâturage productif durant de nombreuses années! »

La gestion intensive des pâturages n’est pas une formule magique. Elle doit être adaptée à chaque ferme, elle nécessite un peu plus d’effort journalier et elle représente des changements de logistique pour certains. Sauf que plusieurs producteurs, autant en régie conventionnelle qu’en biologique, sont d’avis qu’augmenter les revenus nets d’une ferme en 2012 ne signifie pas d’accroître la taille de l’entreprise, mais plutôt de mieux gérer ses coûts. La gestion intensive des pâturages, qui fondamentalement n’a rien de nouveau, leur permet ainsi de dégager de meilleurs bénéfices.

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